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15 Mai 2010
► Les faits
L'occupation des rues de Bangkok par les partisans de la démocratie a été sévèrement réprimée jeudi et vendredi
derniers par l'armée qui a ouvert le feu, faisant au moins 10 morts et des centaines de blessés. Ce drame rappelle cruellement celui du 11 avril où la répression avait fait 20 morts. Loin de
démotiver les manifestants, le mouvements se radicalise autour d'un noyau important de Thaïlandais refusant de capituler face au gouvernement.
Depuis 2008, les "chemises rouges", qui regroupent les paysans, les pauvres des villes et les classes moyennes de progrès, mènent une contestation pacifique pour le respect de la démocratie en Thaïlande et le retour de leur chef exilé : Thaksin. Ce sont eux qui ont pris le contrôle d'un quartier de Bangkok depuis avril dernier et qui exigent le départ du gouvernement. Cette révolte fait suite à deux coups d'état successifs en septembre 2006 et mars 2008 d'une bourgeoisie conservatrice contrôlant l'armée et refusant d'accepter leur défaite électorale.
► Les données essentielles
L'essor économique du pays n'ayant pas été accompagné par le progrès social, ces affrontements témoignent d'une profonde division de la société thaïlandaise entre une classe bourgeoise accaparant les richesses du pays grâce à sa main mise sur les pouvoirs politiques et militaires, et une contestation populaire rassemblant les catégories les plus pauvres de la population et la nouvelle classe moyenne pour revendiquer ensemble le respect de la démocratie et une meilleure répartition des richesses. Au vue de la détermination et de la légitimité des chemises rouges, le système en place semble condamné. La question et de savoir si le régime en place va s'accrocher au pouvoir par l'escalade de la répression ou s'il va céder face à la pression populaire.
► Les hommes
clefs.
• Le Roi Bhumibol, très respecté en Thaïlande n'a pas encore pris de position dans le conflit comme il avait pu le
faire dans le passé, notamment en 1992 où son intervention avait pacifié le pays et débouché sur l'établissement d'un Etat de droit et d'une nouvelle constitution. Ce silence profite à la
bourgeoisie qui utilise son image pour essayer de rallier la population. Toute intervention de sa part pourrait être décisive.
• Thaksin, le leader en exile des rouges est un homme d'affaire et politique loin d'être irréprochable. Bien qu'élus à deux reprises par le peuple, son exercice du pouvoir reposait sur la corruption du parlement et le contrôle des médias ainsi que de la sphère associative. De plus, son retour en Thaïlande aurait pour but premier de récupérer son immense fortune (1 milliard d'euros), confisquée lors du coup d'Etat. Cependant, il est très aimé du peuple dans la mesure où ce fût le premier dirigeant de l'histoire de la Thaïlande à appliquer une politique sociale en faveur des pauvres, notamment les paysans. Même si son retour serait un progrès pour la Thaïlande, il y a de forte chance que Thaksin ne réponde pas au désir de démocratie de la population.